Préambule : "casser les c..." est un élément vocabulaire important du grand Sud, une sorte de "signe de ponctuation" destinée à manifester son désaccord voire son agacement à son auditoire ... avec parfois, une connotation affectueuse !
Après le label "Haut débit pour Tous" qui à ce jour, n'a labellisé que des offres satellitaires, en effectuant un copier/coller à l'origine, des caractéristiques techniques de l'offre Nordnet d'Orange, voilà que depuis quelque mois, on nous chante le refrain de "MEGASAT", l'offre complémentaire pour la couverture "très haut débit" (50 Mbits/sec à la prise abonné, ben voyons ...) pour les territoires ruraux ...
A tel point que 380 Millions d'€ du Grand Emprunt seraient prévus pour soutenir le projet !?
Les capacités de lobbyiste d'Eutelsat, du CNES ... et d'intervention dans des revues "papier glacé" (Europe Parlementaire), ou quotidiens nationaux (Les Echos), journaux du WEB, sans parler des cabinets ministériels, sont elles si grandes, que d'auditions parlementaires en auditions par l'ARCEP, rien ne puisse les arrêter?
Pour faire court et synthétiser ce que j'ai pu déjà écrire ici et là, en particulier dans ma contribution à la consultation publique de la DGCIS sur le "Plan National pour le Très Haut-Débit", répondre à certain(e)s parlementaires "proches du dossier" comme l'on dit ..., en résumé, les offres basées sur des satellites :
- géostationnaire (36 000km), engendreront, comme les actuelles, des latences (temps de ping >> 600 msec, sans compter le "chainon" terrestre) inacceptables pour de nombreuses applications : c'est de la physique "pure à dure", liée à la vitesse de la lumière et à la distance terre/satellite, AR à parcourir 2 fois pour un protocole avec mécanisme d'acquittement...(voir ici l'explication donnée par Tooway, sachant qu'on est plus proche de 300msec que de 250 msec)
- sont et resteront très sensibles aux conditions météo (pluie, tempêtes solaires : bande UV) ; le Bit Error Rate satellite (B.E.R) est de l'ordre de 10-6 ... (même avec tous les codes auto-correcteurs) et les pertes de paquets sont inévitables dans ce cas ...
- resteront TRÈS asymétriques (voie montante au mieux d'1Mbits/sec)
- seront de toute façon, effectivement, soumises aux mécanismes (même avec de la contention inter-abonnés) de "partage de la bande passante globale" entre 750.000 abonnés, même si on nous répondra surement qu'on "peut en lancer plusieurs" ...satellites :
750K fois 50Mégabits/sec cela fait 37,5 ...Térabits/sec ; allons y pour une contention à 37.5, un peu "fiévreuse", cela fait toujours 1 Térabits/sec ... et donc, a priori, une bonne quinzaine de satellites en l'air ... chacun d'entre eux devant délivrer 70 Gbits/sec descendant !!
- seront soumises, du point de vue côté calendrier et "livraison" à l'abonné final, aux règles classiques (type "peau de chagrin") d'arrivée au marché d'une offre technique télécom :
circuit partant des distributeurs de "gros" (mise au point des modems et de la chaine technique et du SI support ...),
pour aboutir aux FAI ( et leurs plans Marketings et leurs Business Plans et leurs CGU/CGV, FPU/FPA ...) donc des offres surement pas disponibles en 2015, chères et restrictives !!!
Certes, une porte de sortie, pour les "territoires de l'extrême (type un hameau perdu au fond d'une vallée de montagne ...), pourrait constituer en la mutualisation d'accès via parabole, avec les caches applicatifs appropriés (un peu comme l'ETSI semble y réfléchir, mais pour des solutions individuelles)... embarqués via des "appliances" soit dans le satellite (pour gagner 300 msec), soit à terre, dans des shelters, avec prolongement en techno classiques *DSL.
Pour moi, définitivement, le satellite reste une solution de broadcasting (one2many) ... et cela n'a pas changé depuis que dans les années 80, une bande d'Alumni de l'INRIA, ont testé pendant 5 ans les "Nouvelles Applications de l'Informatique Répartie", dans le cadre du projet NADIR (dont j'étais le responsable système...) avec les premiers services de données satellitaires (Eutelsat, Télécom1, ...) à partir desquels nous avions élaboré des plate-formes de démonstration, notamment une de "transfert de masse en point à multipoint" ...
De nombreuses applications pourraient en bénéficier, de type MMI (Machine to Machine Interface) en premier, ou de diffusion de flux vidéos, repris localement en DVB (type TNT) ou... en LTE, mais évitons de vouloir en faire la solution neutre et symétrique, de hautes performances, dont l'internaute de demain aura besoin... qu'il habite à Auxillac (48) ou à Toulouse !!
PS: et si jamais, il s'agit d'une contrainte industrielle, de maintien de compétences au sein d'une équipe de haute technicité, qu'on le dise clairement ! Mais cela ne se fera pas sur le dos de la ruralité !
Merci pour ce post qui pose le débat dans des termes incontestables, loin d'un discours pseudo-technique positionnant le satellite comme LA solution THD pour les zones rurales.
Que l'on veuille encourager le CNES et l'industrie spatiale dans des recherches de pointe (Megasat) peut se comprendre: mais il faudra évaluer les différentes solutions, LTE, satellite, Wimax, de façon objective et juste, pour faire le bon choix et éviter le désastre d'une fracture numérique béante.
Rédigé par : Philippe de La Fortelle | 29/03/2010 à 15:56
Au-delà des énormes difficultés techniques posées par le THD spatial, quid des créations d'emplois générés par cette solution ?
Construction : une petite centaine d'individus impliqués tout au plus, avec de surcroit des niveaux de qualification bien plus élevés que ceux requis pour la construction de réseaux optiques.
Maintenance : euh... allô la Nasa, z'auriez pas une Shuttle disponible ?...
Bref, pour faire court : le THD Satellitaire ne crée AUCUN emploi, ni au niveau national, ni encore moins au niveau local (alors que la maintenance des réseaux THD optique et radio génère forcément des emplois locaux).
Rédigé par : Marc Duchesne | 29/03/2010 à 17:35
petit boulette dans le texte :
"c'est de la physique "pure à dure", liée à la vitesse de la lumière et à la distance terre/satellite à parcourir 2 fois ..."
dans les transmissions, c'est des ondes radios (1 à 300 m/s).
La vitesse de la lumière c'est 300 000 km/s ce qui ne pose pas de pb de ping ;p (par contre, la diffraction de la lumière dans les couches d'atmosphère et les nuages, c'est problématique ^^.
Rédigé par : Vincent | 29/03/2010 à 20:38
test de commentaires avec firefox
Rédigé par : fabbea | 29/03/2010 à 21:25
euh ... j'ai ressorti mes bouquins et pioché dans le WEB ... voir ici : http://pagesperso-orange.fr/f5zv/RADIO/RM/RM10/RM10B01.html et chercher "vitesse propagation des ondes"
Sinon, le "Pujolle" édition 2005, chapitre "réseaux satellites" page 604 et suivantes, parle bien de 270 msec comme temps d'AR terre/satellite géostationnaire, sans faire intervenir dans ce calcul la bande de fréquence radio utilisée ...
Rédigé par : mlb9146 | 29/03/2010 à 21:44
it works ... ;-)
Rédigé par : mlb9146 | 29/03/2010 à 21:53
Que voilà une sainte colère !
Est-ce possible 750 000 abonnés pompant en même temps sur le même satellite ?
Rédigé par : GARRIGUES Bernard | 29/03/2010 à 21:57
Très intéressant article qui reprend les notions lointaines de physique. La difficulté est de trouver une solution disponible rapidement -même si elle est vraiment imparfaite- pour les territoires ruraux, à coût raisonnable...
Cela n'empêche pas d'avoir la volonté de déployer la fibre ou le LTE sur tout le territoire, bien au contraire. Cela doit rester notre objectif...
Laure de La Raudière
Rédigé par : Lauredlr | 30/03/2010 à 09:51
Madame la députée, vous souhaitez "trouver une solution disponible rapidement...". Il me semblait pourtant que le projet du CNES de satellite haut débit, Megasat, ne serait pas disponible avant 2014/2015 ? A cette date, les réseaux LTE pourraient déjà être déployés, avec l'aide des pouvoirs publics pour les zones les moins denses.
Rédigé par : Philippe de La Fortelle | 30/03/2010 à 11:19